L'intelligence du rien
#Edition 17
Tous les quinze jours (ou plus), je propose dans cette newsletter de réinventer notre rapport au monde et à l’engagement, en explorant les liens entre tête, cœur et corps. On y déconstruit les récits dominants (tête), on se connecte à nos émotions par l’écriture (cœur) et à nos sensations par le corps (corps), dans une perspective d’écologie de soi et du monde.
N’hésitez pas à partager autour de vous.
Je n’ai pas écrit de newsletter depuis plus d’un mois.
Et pour cause : en février, j’ai donné beaucoup de cours de yoga, poursuivi mes missions, et je me suis retrouvée dans une période de surcharge de travail. J’ai travaillé en continu, les week-ends aussi, sans véritable pause.
Ce n’est évidemment pas un rythme que je recommande, mais je savais que ce serait temporaire.
La conséquence de tout cela: je n’ai pas eu le temps de laisser mon cerveau se reposer. Pas de moments de déconnexion, pas de temps pour laisser les idées vagabonder. Et donc… aucune idée pour écrire ici.
Alors que d’habitude, les idées arrivent presque toutes seules, un peu comme par magie, la magie du rien.
C’est cette expérience, combinée au bruit de fond des crises qui s’accumulent, aux réseaux sociaux, à l’inquiétude pour le monde, qui m’a donné envie de creuser le sujet de la surcharge cognitive. Comment ça fonctionne dans notre cerveau, et surtout : sur quoi peut-on agir ?
Au programme :
Comprendre la surcharge cognitive
Un exercice d’écriture pour observer nos rythmes
Quand le corps régule le mental
🧠 1.Comprendre la surcharge cognitive
Pour parler de surcharge, il faut d’abord comprendre ce qu’est la charge cognitive.
Cette théorie, développée par le psychologue John Sweller, part d’un constat : notre cerveau dispose d’une quantité limitée de ressources mentales. Chaque activité de réflexion ou d’apprentissage en mobilise une partie.
On distingue trois types de charge :
La charge intrinsèque : liée à la complexité du sujet lui-même. Résoudre une division demande plus d’effort qu’une addition.
La charge extrinsèque : liée à la façon dont l’information est présentée, la clarté d’une explication, la qualité d’un support.
La charge essentielle : celle qui permet l’apprentissage réel, l’effort nécessaire pour comprendre et mémoriser. C’est celle qu’on cherche à optimiser.
La surcharge cognitive survient quand l’ensemble de ces charges dépasse ce que le cerveau peut absorber.
Aujourd’hui, trois facteurs l’alimentent particulièrement : la fragmentation permanente de l’attention liée aux écrans, la culture de l’urgence, et le bruit de fond des polycrises que nous traversons.
Face à cela, nous aurions besoin d’une véritable écologie cognitive collective. Mais en attendant ces transformations systémiques, quelles réponses individuelles peut-on explorer ?
💛 2. Un exercice d’écriture pour observer nos rythmes
Pendant mes recherches sur le sujet de la surcharge cognitive, j’ai découvert la méthode Tomorrow Theory, qui part d’un constat :
“Pour préserver la créativité, l’agentivité (le sentiment d’être l’auteur de ses propres actions) et la santé mentale, il faut assumer les rythmes naturels de l’énergie et les structurer dans l’organisation.”
Je ne suis pas en accord avec tout ce que propose Tomorrow Theory, mais leur manière de penser les rythmes est intéressante.
Ils distinguent plusieurs phases :
Strong : Les périodes d’intensité, où l’on est pleinement dans l’action.
Slow : Les respirations structurantes, où l’on prépare les projets, où l’on clarifie les objectifs.
Red : Les plongées profondes : temps de recherche, d’apprentissage, d’exploration.
Team : Les moments collectifs : bilan, coordination, projection.
Off : Les vraies coupures : repos et déconnexion.
Leur approche se pense sur une année. Mais je trouve intéressant d’essayer l’exercice à l’échelle d’un mois, ou même d’une semaine.
Prenez une feuille et un stylo et posez-vous ces questions :
Quand suis-je dans mes phases Strong ?
Est-ce que je m’autorise des moments Slow ?
Ai-je des espaces de deep work (Red) ?
Est-ce que je protège vraiment mes temps Off ?
J’aime bien cette manière de regarder notre travail qui rappelle notamment qu’aucune phase ne peut exister seule. On ne peut pas être en Strong tout le temps.
🧘🏻♀️ 3. Quand le corps régule le mental
Pendant cette période de surcharge, quelque chose m’a surprise : je n’ai pas ressenti de stress intense.
Je pense que c’est lié à mon travail lui-même. Quand on donne un cours de yoga, on accompagne un groupe vers la respiration et le calme, et pour le faire, on ne peut pas être complètement déconnecté de son propre corps. On respire avec les élèves. Cette pratique régulière m’a probablement aidée à réguler mon système nerveux, même dans la surcharge.
Ce n’est pas mon genre d’asséner des vérités sur les bienfaits du yoga, mais il existe des recherches qui montrent que la pratique améliore la connectivité dans des réseaux cérébraux impliqués dans le contrôle cognitif (attention, mémoire de travail) et dans la régulation émotionnelle. Les moments de respiration et de méditation aideraient à diminuer l’activité associée au stress, et donc à réduire la surcharge cognitive.
Mon expérience me fait penser que c’est plutôt vrai. Mais le mieux reste toujours d’expérimenter.
Ce que cela pointe, plus largement, c’est l’intérêt des pratiques corps-esprit : yoga, tai-chi, qi gong… ou toute activité qui reconnecte attention et sensation, comme levier individuel face à la surcharge.
Dans notre économie de l’attention, il est très difficile de se protéger individuellement du bruit permanent. La réponse devrait être collective et même sur cette thématique, les inégalités sont bien présentes.
Certains chercheurs alertent d’ailleurs sur un risque de fracture cognitive : une minorité a les moyens d’investir dans ces pratiques attentionnelles, tandis que le reste de la société continue de vivre dans un flux constant d’écrans et d’urgences.
Face à la surcharge cognitive, il existe une solution radicale : ne rien faire.
Je terminerai sur une note plus légère avec un projet que j’adore : la Fondation du Rien.
Leur promesse : “La Fondation du Rien vous fabrique du temps libre.”
On peut s’inscrire gratuitement à l’une de leurs activités annulées, simplement pour réserver dans son agenda une plage de temps vide.
J’aime beaucoup cette idée : programmer du rien. Du rien pour retrouver du calme, laisser le cerveau vagabonder, et laisser les idées revenir.
✨Nouvelles dates : Atelier yoga, écriture & nouveaux imaginaires
En avril et en mai, j’animerai deux nouveaux ateliers de yoga, écriture et nouveaux imaginaires.
Un atelier pour celles et ceux qui veulent donner du sens à leur vie pro ou perso, mais qui ont besoin de s’arrêter un instant pour comprendre ce qu’ils veulent vraiment nourrir.
Un espace pour ralentir, clarifier, imaginer et repartir avec une direction pour la suite.
Cet atelier s’adresse aux personnes qui ressentent un décalage entre leur quotidien et ce qui fait vraiment sens pour elles. Celles qui sentent qu’autre chose est possible, sans encore savoir quoi, ni comment. Celles qui ont envie de contribuer à un monde plus juste et plus durable, mais qui ont besoin de clarifier leur place, leur direction, leur manière d’agir.
Pendant 3 heures, nous utilisons une approche tête, cœur, corps pour sortir du mental en boucle, faire de la place au ressenti, et transformer les intuitions floues en directions concrètes.
Prochaines dates : 25 avril & 30 mai

